Romande Energie versait 17.60 ct/kWh en 2024. En T1 2026, ce même kWh est racheté à 10.26 ct. Une chute de 42% en deux ans, que beaucoup de propriétaires romands n’ont pas vue venir.
Depuis le 1er janvier 2026, la Suisse a basculé vers un système indexé sur le marché de gros européen, avec révision trimestrielle. Ce tarif de rachat de l’électricité solaire n’est pas un ajustement ponctuel. C’est une rupture structurelle qui modifie le calcul de rentabilité de toute installation photovoltaïque.
Combien verse chaque distributeur romand en 2026
Les trois principaux distributeurs romands convergent vers une fourchette similaire, mais le chiffre affiché ne correspond pas toujours à ce que le propriétaire perçoit réellement.
Chez Romande Energie, le tarif T1 2026 s’établit à 10.26 ct/kWh pour la composante énergie. Il faut y ajouter 1.5 ct/kWh de garantie d’origine (GO), ce certificat attestant que le kWh est d’origine renouvelable. Total effectif : 11.76 ct/kWh. Mais cette GO n’est pas automatique, et certains GRD la suspendent selon les trimestres.
Chez Groupe E, la volatilité est encore plus marquée. Le tarif T1 2025 affichait 10.38 ct/kWh sans GO, avant de tomber au plancher de 6 ct/kWh au T2, soit une chute de 42% en un seul trimestre. Pour 2026, le plafond est fixé à 10.96 ct/kWh pour les installations de moins de 100 kW, avec une GO variable entre 1 ct/kWh en été et 3 ct/kWh en hiver.
SIG Genève fait un choix différent. Le distributeur genevois maintient un tarif fixe de 10.96 ct/kWh pour toute l’année 2026, sans variation trimestrielle. Une politique délibérément stable, qui tranche avec l’incertitude du nouveau système.
Attention aux installations plus puissantes. Le prix plancher légal descend à mesure que la puissance augmente : 6 ct/kWh pour les installations de moins de 30 kW, mais seulement 1.2 ct/kWh à 149 kW. Un piège réel pour les PPE et les sites industriels qui avaient dimensionné large.
Pourquoi le tarif a perdu 40% depuis 2024
Ce n’est pas une décision isolée des distributeurs. C’est la conséquence directe de la révision de la loi sur l’électricité (LEne), entrée en vigueur le 1er janvier 2026.
Avant cette réforme, chaque GRD fixait son tarif selon ses propres coûts d’approvisionnement. Romande Energie affichait 17.60 ct/kWh avec GO en 2024, 16.80 ct sans. Groupe E était à 14.45 ct/kWh, dont 11.45 ct d’énergie et 3 ct de GO. Ces niveaux ne reflétaient pas le prix réel du marché.
Depuis 2026, le tarif suit le marché de gros européen, révisé chaque trimestre. Les GRD n’ont plus de marge de manœuvre sur le prix de l’énergie. Comme le rappelle Romande Energie, « le GRD ne peut légalement pas générer de bénéfices sur la reprise du courant refoulé ».
La conséquence est directe : un propriétaire qui avait modélisé son retour sur investissement sur 17 ct/kWh doit recalculer avec 10 à 12 ct. Les GRD ruraux subissent une pression particulière, car leur production solaire locale élevée par rapport à la consommation locale rend l’application du prix plancher plus fréquente.
Un kWh autoconsommé vaut 2 à 3 fois plus qu’un kWh revendu
C’est le message central, et Romande Energie le dit sans détour : « installer des panneaux solaires n’est pas une démarche à entreprendre dans l’optique de générer des rendements financiers ».
Le calcul est simple. Un kWh acheté au réseau coûte environ 25 à 30 ct en tarif résidentiel selon la commune (données ElCom, médiane suisse). Un kWh revendu rapporte 10 à 12 ct. Chaque kWh consommé directement évite une dépense 2 à 3 fois supérieure à ce que la revente rapporterait.
Sur les installations réalisées par Trisol en Suisse romande, le constat de terrain est constant : sans batterie, un ménage autoconsomme typiquement 25 à 35% de sa production. Avec l’ajout d’une batterie solaire, ce taux grimpe régulièrement au-delà de 60%, ce qui double concrètement la part de production valorisée au tarif résidentiel plutôt qu’au tarif de rachat.
D’où une logique d’optimisation claire : dimensionner son installation pour maximiser l’autoconsommation plutôt que la production brute. Programmer le chauffe-eau sur les heures de production, recharger son véhicule électrique en journée, ou installer une batterie pour décaler la consommation vers le soir sont autant de leviers concrets pour capter davantage de valeur.
Les communautés d’énergie locale ouvrent une troisième voie
Depuis 2026, les propriétaires situés dans une même zone de réseau peuvent former une communauté d’énergie locale (CEL) et commercialiser leur électricité entre eux. Le tarif est négocié entre pairs, structurellement supérieur à ce que verse le GRD, car les frais de réseau sont réduits à 40%, voire 20% en cas de transformation de tension.
Ce modèle convient particulièrement aux PPE et immeubles collectifs où plusieurs propriétaires partagent déjà une infrastructure commune. Il nécessite toutefois un accord de gestion entre participants, ce qui le rend moins pertinent pour un propriétaire de villa isolée.
Ce qui compte vraiment pour votre installation
En 2026, le tarif de rachat oscille entre 10 et 12 ct/kWh selon le distributeur et le trimestre. La tendance est structurellement baissière par rapport aux années 2022-2024.
Mais la revente n’a jamais été le vrai moteur de rentabilité d’une installation solaire. L’autoconsommation reste 2 à 3 fois plus valorisante, et c’est sur ce levier que se joue le retour sur investissement. Les CEL ajoutent une option supplémentaire pour ceux qui produisent plus qu’ils ne consomment.
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