Vous produisez 35 kWh par jour en juin avec vos panneaux, mais vous n’en consommez que 20. Les 15 kWh restants partent dans le réseau à 6 ct/kWh. Le soir, vous rachetez cette même électricité à 25 ct/kWh. L’écart est brutal : chaque kilowattheure injecté vaut 2 à 5 fois moins que celui que vous consommez directement. C’est toute la question du choix batterie vs injection réseau solaire qui se repose en 2026.
Depuis janvier 2026, la nouvelle loi sur l’électricité lie le prix de rachat aux cours spot horaires. L’injection devient encore moins avantageuse, surtout en été. Mais entre investir dans une batterie et se contenter de l’injection, il existe une troisième voie que peu de propriétaires connaissent.
Le réseau rachète votre surplus entre 6 et 10 ct/kWh en Suisse romande
Le prix de reprise ne couvre que l’énergie brute. Il exclut l’acheminement et les taxes, qui représentent pourtant la majeure partie de votre facture. D’où l’asymétrie : vous vendez à 6 ct ce que vous rachetez à 25 ct.
Les chiffres romands sont parlants. Romande Energie applique un prix plancher de 6 ct/kWh pour les installations jusqu’à 30 kW. Chez Groupe E, le tarif varie par trimestre : 10,38 ct au premier trimestre 2025, mais seulement 6 ct en été, exactement quand votre production est maximale.
Concrètement, 15 kWh injectés un jour de juin rapportent environ 0,90 CHF. Les mêmes 15 kWh rachetés le soir coûtent 3,75 CHF. L’écart n’est pas un bug du système, c’est sa logique même.
La batterie porte l’autoconsommation jusqu’à 90% mais coûte 6 000 à 15 000 CHF
Sans batterie, un foyer consomme directement 25 à 40% de sa production solaire. Avec une batterie correctement dimensionnée, ce taux grimpe jusqu’à 90% selon Swissolar. Chaque kilowattheure stocké puis consommé le soir vaut 3 fois plus qu’un kilowattheure injecté à midi.
Prenons une maison équipée de 8 kWp en juin. Elle produit 35 kWh par jour et en consomme 20. Sans batterie, le surplus injecté rapporte environ 1 CHF. Avec une batterie de 10 kWh, le foyer récupère 10 kWh supplémentaires, soit une économie d’environ 2,50 CHF par jour sur la facture réseau (10 kWh évités × 25 ct/kWh).
Le dimensionnement suit deux règles simples. Première option : capacité de la batterie = puissance PV en kWp × 1,5. Seconde option : consommation annuelle ÷ 730. Pour une maison de 8 kWp, les deux formules convergent vers une batterie d’environ 10 kWh.
Reste la question qui fâche : la rentabilité. Le Prof. Kirrmann l’a chiffré dans son analyse publiée sur bulletin.ch. Une batterie de 4 kWh coûte environ 320 CHF par an sur 10 ans. L’économie théorique atteint 234 CHF par an. On est presque à l’équilibre, mais pas encore du bon côté.
Comme il le résume : « Une batterie coûte cher, dissipe de l’énergie, diminue la fiabilité et pollue. » La rentabilité pure dépend d’une hausse du prix de l’électricité ou d’une baisse du coût des batteries, deux tendances déjà amorcées. Côté budget, comptez 6 000 à 15 000 CHF selon la capacité et la marque, selon les devis Trisol 2025-2026, pour des batteries dont la durée de vie se situe entre 10 et 20 ans selon les constructeurs.
Dès mi-2026, l’injection à midi ne vaudra presque plus rien
Le changement réglementaire de 2026 aggrave l’équation pour ceux qui misent sur l’injection. Le prix de rachat sera désormais calculé heure par heure sur base du marché spot, et non plus par moyenne trimestrielle. En juillet à midi, toute la Suisse injecte en même temps. Résultat : le prix spot s’effondre, et votre kWh injecté ne vaut presque rien.
En revanche, les batteries bénéficient d’un nouvel avantage : un remboursement partiel des frais de réseau quand elles réinjectent aux heures de pointe. Pour les copropriétés (PPE), la loi crée aussi les Communautés d’Énergie Locale (CEL), qui permettent de partager l’électricité solaire entre voisins du même réseau basse tension avec une réduction partielle sur les frais de réseau prévue par la nouvelle loi sur l’électricité. Une alternative collective à la batterie individuelle, particulièrement adaptée aux immeubles en PPE.
Autoconsommer sans batterie grâce aux charges pilotables
Avant d’investir 6 000 à 15 000 CHF, une question mérite d’être posée : peut-on augmenter son autoconsommation sans batterie ? La réponse est oui, en décalant certaines consommations vers les heures de production solaire. Le Prof. Kirrmann recommande d’ailleurs de prioriser cette approche avant tout investissement dans le stockage.
Trois équipements se prêtent particulièrement à ce décalage :
- La borne de recharge VE : programmer la charge à midi au lieu de la nuit absorbe directement le surplus solaire. Une borne intelligente adapte même la puissance de charge en temps réel selon la production.
- La pompe à chaleur programmable : déclencher le chauffage ou la production d’eau chaude en milieu de journée transforme votre ballon en « batterie thermique » gratuite.
- Le chauffe-eau thermodynamique : même logique, coût d’adaptation quasi nul si l’équipement est déjà installé.
Ce n’est pas un substitut absolu à la batterie. C’est une première étape, souvent la plus rentable, qui fait passer le taux d’autoconsommation de 30% à 50-60% sans investissement lourd.
La batterie se justifie pour certains profils précis
La batterie n’est pas pertinente pour tout le monde. Cinq critères permettent de trancher :
- Absent en journée : si personne ne consomme pendant les heures de production, le surplus est massif. La batterie devient indispensable pour le récupérer.
- VE à charger le soir : la synergie stockage + recharge nocturne est l’un des cas d’usage les plus rentables.
- Budget réaliste : 6 000 à 15 000 CHF mobilisables sans compromettre d’autres projets.
- Objectif d’indépendance : vouloir réduire sa dépendance au réseau est une motivation légitime, même si le retour financier est long.
- Horizon réaliste : les batteries actuelles durent 10 à 20 ans selon les constructeurs. Si la rentabilité s’étale sur 15 à 20 ans, le calcul est précaire.
Un exemple parmi nos 750+ installations : un propriétaire à Ecublens, absent en journée avec un VE à charger le soir, cumulait les deux premiers critères. Après l’installation d’une batterie de 10 kWh, son taux d’autoconsommation est passé de 30% à plus de 80%, réduisant sa facture réseau de plus de 1 200 CHF par an. Sans ce profil de consommation décalé, le retour aurait été bien plus lent.
L’écart va se creuser, pas se réduire
L’injection rapporte 6 à 10 ct/kWh quand l’achat réseau coûte 20 à 30 ct/kWh. Avec les règles 2026, cet écart va s’aggraver en été. La batterie compense efficacement, mais son coût impose de vérifier d’abord son profil de consommation.
Pour beaucoup de foyers, les charges pilotables constituent le premier levier, le plus accessible et le plus rentable. La combinaison idéale dépend de votre installation photovoltaïque et de votre mode de vie. Pour savoir quelle configuration correspond à votre situation, estimez vos économies en ligne ou demandez un devis gratuit : un dimensionnement personnalisé vaut mieux qu’une règle générale.


